A 71 ans, Marc court ses 10 km chaque matin, qu’il pleuve ou qu’il vente. Son épouse cuisine « sainement », il n’a jamais fumé, ne boit un peu d’alcool qu’aux grandes occasions et ne suit aucun traitement… Pourtant, il a pris rendez-vous à la consultation « Vieillir avec succès ». « Je suis persuadé que mieux vaut prévenir que guérir, affirme-t-il. Si mon corps me prépare un sale tour, je préfère être alerté au plus tôt, pour parer plus efficacement la menace. » Marc a tout compris, car c’est l’esprit même de la démarche inédite, concrétisée voici deux ans par le Dr Jean-Philippe David, gériatre, qui a ouvert cette consultation unique en France.

Repérer des faiblesses invisibles à l’œil nu Certes, dans leur ensemble, les Français jouissent d’une longévité que beaucoup leur envient. Mais, comme le pointait une récente étude européenne, ce surcroît d’années ne s’effectue pas toujours en bonne santé. C’est pourquoi le Dr David reçoit des personnes encore en forme, avec un objectif : détecter les signes de fragilité avant qu’ils ne s’expriment et maintenir ainsi très longtemps autonomie et qualité de vie. « La vision d’un vieillissement inéluctable et homogène est aujourd’hui périmée, explique le médecin. La diminution de la force musculaire, par exemple, est infiniment variable. Certains courent le marathon à 80 ans quand d’autres sont déjà en fauteuil roulant. Entre ces deux extrêmes, la majorité abrite des fragilités qui ne se voient pas à l’œil nu, mais que l’on peut mesurer et, surtout, corriger à temps. »

On sait que les déterminants des maladies futures apparaissent vers 55-60 ans. Il est prouvé aussi qu’une intervention précoce permet de retarder ou d’éviter la dépendance, y compris dans des pathologies aussi graves que la ­maladie d’Alzheimer. « Conjuguer activité physique et vie sociale diminue de 50 % le risque d’apparition de la maladie, souligne le Dr David. Et consommer du poisson deux ou trois fois par semaine ralentirait sa progression. »

Un bilan détaillé, médical et psychologique Avant même sa venue en consultation, le patient reçoit un dossier à compléter, explorant ses antécédents personnels et familiaux, son mode de vie : noter pendant trois jours ce que l’on mange et boit, en quelle quantité… On l’interroge aussi sur la qualité de sa vie relationnelle et sociale, puisqu’il est prouvé que la solitude accroît le risque de maladies. La personne vient ensuite en hôpital de jour passer une batterie de tests. La prise de sang va rechercher un syndrome inflammatoire, impliqué dans de nombreuses pathologies, ainsi que des carences en vitamines. Tous les facteurs de risque sont explorés : ostéoporose, incontinence, capacités cognitives et sensorielles, troubles de l’humeur… « Une perte d’aptitudes dans un seul domaine risque d’entraîner des conséquences en chaîne, explique le spécialiste. Il suffit alors d’un stress ou d’une maladie banale pour que le patient ne s’en remette pas. » Un nouveau rendez-vous est pris quelques semaines plus tard pour un compte rendu détaillé.

Moins de 10 % des consultants bénéficient ensuite d’une prise en charge. Ils y gagnent surtout de précieuses informations et des conseils personnalisés de prévention. Cette infirmière d’une cinquantaine d’années, qui pensait bouger suffisamment dans le cadre de son activité, a compris qu’elle était bien loin des 10 000 pas quotidiens recommandés. Depuis, elle effectue à pied les trajets travail-domicile (4 km aller et retour). Marc, le fringant septuagénaire, s’est vu conseiller de varier un peu plus les activités physiques, pour travailler aussi souplesse et équilibre. Et on lui a prescrit une supplémentation en vitamine D.

Moins de maladies, donc moins de frais pour la Sécu Comme presqu’un tiers des patients, Joëlle, 54 ans, s’inquiétait surtout de ses problèmes de sommeil et de concentration : « Je suis rassurée, mais je vais prendre le rendez-vous conseillé pour trouver l’origine de mes troubles du sommeil (ronflement, apnées…) et je compte bien refaire un bilan assez régulièrement. » Si l’on arrivait à retarder les maladies chroniques liées au vieillissement, les patients et la société tout entière y gagneraient, s’évitant traitements, hospitalisations et placements en institution. Alors que ce genre de consultation se développe aux États-Unis et au Canada depuis une trentaine d’années, l’Assurance-maladie rechigne à les prendre en charge. Il est vrai qu’elles rentrent difficilement dans des « cases » : patient d’âges trop divers pour relever de la gérontologie, pas forcément de maladie diagnostiquée…

En forme… jusqu’à 100 ans ? « Nous conseillons des gestes, des habitudes diététiques, mais renvoyons au médecin traitant pour le suivi », admet le Dr David. Quand la majorité des seniors a tendance à adapter ses activités à sa condition physique, en les diminuant peu à peu, eux refusent de se résigner. Tout comme le Japonais Yuichiro Miura, qui vient de gravir l’Everest à 80 ans, ou l’Indien Fauja Singh qui a raccroché ses baskets à 101 ans, après un ultime marathon, en février dernier. « C’est une question de chance, mais il faut l’aider ! », affirme Marc.

source: TopSante.com